Patrick Schein

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Le blog de l'Or Équitable

À quel prix extraire de l’or ?

01/05/2012

La lecture récente d’un article sur le village suisse de Medel qui a décidé, suite à une votation, de ne pas autoriser l’exploration de l’or enfoui dans ses montagnes des Grisons — un gisement estimé à 25 tonnes représentant, au cours actuel, une valeur d’un milliard d’euros —, m’a amené à réfléchir sur la finalité de l’extraction du métal jaune et, plus généralement, sur la contribution du secteur aurifère au développement de notre planète.

Le choix entre prospérité et cadre de vie divise la population. D’un coté les partisans de l’exploitation (un tiers des votants), emmenés par le maire du village — par ailleurs dirigeant d’un géant de l’audit international récemment parti à la retraite (voir ici) — et persuadés des bienfaits des retombées économiques pour la population vieillissante. De l’autre, les opposants (deux tiers des votants), qui placent la défense de leur environnement au-dessus de toute autre considération et qui ne souhaitent pas qu’un afflux de travailleurs extérieurs vienne troubler la quiétude de leur village de 435 habitants parlant le romanche.

La vraie question à se poser est celle de l’utilité de l’extraction d’or. En effet, l’or a une particularité que les autres métaux n’ont pas. Il est facilement mobilisable car peu utilisé pour des applications industrielles (12% des stocks existants) ou bloqué dans les coffres des banques centrales (17% des stocks)  mais surtout, il est détenu, pour le reste, par les particuliers soit sous forme de bijoux (50% des stocks mondiaux) soit sous forme d’or investissement (19%) et donc facilement disponible.Ces stocks représentent 60 fois l’or extrait dans les mines en 2011 : de quoi alimenter très longtemps les faibles besoins de l’industrie.

Qu’il soit destiné à la joaillerie ou à l’investissement, l’or n’est pas un bien de première nécessité. Il n’est pas indispensable à notre développement. Sans or, le monde continuerait de tourner, alors qu’il n’est pas envisageable de transporter l’électricité sans cuivre, de construire des voitures sans acier ou des avions sans aluminium !

Bref, même pour les quelques applications utiles, l’extraction minière aurifère ne se justifie pas si elle ne contribue pas à un développement durable et équitable de notre société.

Qu’a motivé la décision des habitants du petit village des Grisons ? Très certainement le déséquilibre entre les nuisances et la valeur créées. Car, si l’exploitation industrielle provoque des dégâts considérables sur l’environnement (toujours à la charge des populations du pays producteur), l’apport social est de surcroît très limité. En effet, l’industrie minière emploie peu de main-d’œuvre locale, contrairement à l’artisanat minier, pourtant si souvent décrié. À l’exemple de Newmont Mining qui a produit plus de 180 tonnes de métal jaune en 2011 (6,5 % de la production mondiale), pour une valeur de plus de 10 milliards de dollars, mais n’a employé que 43 000 personnes.

De plus, la répartition de la valeur créée est inéquitable. Dans sa dernière enquête annuelle, le GFMS détaille le coût moyen de production d’une once d’or en 2011, dont le cours moyen sur l’année s’élève à 1 572 $. Le prix de revient est de 854 $ et descend même à 590 $ en Amérique du Sud. Dans ce coût total de 854 $, la redevance minière versée aux états représente 46 $ et le coût salarial 227 $. Ramené à des unités plus parlantes, pour un kilo d’or produit dans le monde, 29 grammes reviennent à l’État producteur au titre des redevances, 144 grammes aux employés de l’industrie minière et 457 grammes représentent le profit du groupe minier.

Bien que certains géants miniers soient érigés par le monde financier en champions du développement durable – Newmont fait partie de l’indice Dow Jones Sustainability World Index (ici) —, leur action sur l’environnement est pour le moins dévastatrice. Ainsi, pour chaque kilo d’or extrait en 2011, ce groupe cité en exemple a émis : 935 kg de dioxyde de soufre, 28 grammes de mercure, 27 tonnes de gaz à effet de serre (GES) et consommé 2,4 millions de litres d’eau et 75 kg de pneumatiques (ici).

Avec une telle empreinte environnementale – par ailleurs non compensée – et une telle répartition de la valeur créée, comment souhaiter l’exploitation de son sous-sol ? À la lumière de ces chiffres, on comprend mieux le refus des citoyens consultés, car c’est à eux et à leurs enfants qu’incomberont les dommages de l’extraction d’un métal qui n’est pas indispensable au développement de notre planète. Puisqu’il s’agit d’une ressource non renouvelable et que le gisement ne va pas disparaître, il est plus sage d’attendre que de meilleures conditions d’exploitation se présentent…

Pour qu’une extraction d’or soit acceptable et qu’elle permette réellement un développement durable, j’estime impératif le respect de deux conditions :

1- minimiser et compenser les conséquences sur l’environnement, c’est-à-dire monétiser cet impact et le reverser à la communauté, pays producteur ou fond environnemental. Cette indemnisation pour impact écologique viendrait s’ajouter aux redevances minières anormalement basses.

2- répartir de manière plus juste la richesse créée.

Le jour où l’impact net local, régional et national de l’extraction de l’or sera important, où les coûts (environnementaux, de production – y compris les amortissements de l’investissement) et la valeur créée seront équitablement répartis entre tous les acteurs (actionnaires, salariés, population locale), nous pourrons alors appeler à voter « oui » car l’or pourra alors être considéré comme un outil de développement durable.

Bonne semaine.

Patrick SCHEIN

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Or Equitable: la Mine SOTRAMI au Pérou

07/06/2011

Bonjour à tous,

Un documentaire diffusé sur France 5 — « L’Or à prix d’Or » — met en évidence la prédation de l’industrie minière  et cite en exemple l’extraction minière aurifère artisanale responsable. J’y présente l’Or Equitable en introduction à un reportage réalisé au Pérou sur la mine de Sotrami première mine péruvienne à bénéficier du label Fairtrade & Fairmined.

Bon visionnage et à bientôt :

Patrick SCHEIN

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Le Traité international sur le mercure : une opportunité en Or pour les mineurs artisanaux !

13/01/2011

Retorte (alambic) artisanale

En février 2009 à Nairobi, une gestion mondiale du mercure – polluant hautement toxique – a été convenue par les ministres de l’environnement à la fin du Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). C’est à l’unanimité que 140 gouvernements ont décidé de lancer des négociations sur un traité international pour faire face aux émissions globales et aux rejets d’un polluant qui menace la santé des fœtus et des bébés aux mineurs d’Or et leurs familles.

L’utilisation de mercure dans le secteur de l’extraction artisanale et à petite échelle de l’Or est une question importante examinée dans le cadre des négociations du traité.

Récupération manuelle du mercure - Pérou

Le PNUE a organisé un forum mondial sur l’extraction minière artisanale et à petite échelle de l’Or à Manille il y a tout juste un mois. J’y étais convié en tant qu’expert pour exposer aux gouvernements et aux ONG présents l’économie de l’artisanat minier aurifère et l’importance que ce secteur – contrairement à l’industrie extractive à grande échelle – revêt pour les pays producteurs par son fort impact sur l’économie locale et par sa propension à générer de nombreux emplois. J’ai également eu l’occasion d’expliquer comment le mercure est utilisé par les artisans mineurs comme instrument financier leur permettant de récupérer l’Or contenu dans leurs concentrés facilement, très rapidement et sans mettre en œuvre une technicité importante.

Cheminée d'une centrale électrique à charbon

Lors de ce forum, les mineurs artisanaux présents, venus des Philippines, du Pérou, de la Mongolie et de la Tanzanie, ont pris l’initiative de rédiger et de lire une déclaration destinée aux gouvernements qui prennent part aux discussions sur le traité. Cette déclaration, que je vous invite à soutenir, est fondamentale, car elle émet le souhait de ces mineurs de réduire leurs émissions de mercure, voire de les éliminer. Comme d’autres secteurs qui rejettent du mercure dans l’environnement – les centrales à charbon par exemple ou l’absence de recyclage des ampoules fluocompactes –, les mineurs artisanaux, souvent parmi les plus pauvres, assument leurs responsabilités et s’engagent à réduire leurs rejets mercuriels ! Mais pour que cela soit possible, ils demandent à leurs gouvernants d’établir les conditions qui leur permettront d’effectuer cette transition vers un artisanat minier responsable respectant l’environnement, à l’image des premières communautés minières du commerce équitable labellisé. Il s’agit notamment de la reconnaissance légale et économique de leur activité, de l’aide à la professionnalisation accompagnée de transferts de technologie et de la mise en place des services publics et infrastructures basiques. Car l’utilisation du mercure est la conséquence de la précarité dans laquelle le secteur opère. Pour pouvoir l’éradiquer, seule une existence légale et une visibilité économique couplée à un transfert de technologies propres, qui existent et ont fait leur preuve, permettront aux mineurs d’effectuer cette transition et de trouver les financements appropriés qui font tant défaut aujourd’hui.

Retorte (alambic) communale - Pérou

Cette déclaration est la preuve que la négociation du traité sur le mercure est une opportunité unique pour que les mineurs artisanaux s’en défassent, car elle leur permet, pour la première fois, d’exposer devant tout les gouvernements la réalité de leur condition, mais aussi de leur demander de rendre possible et de les accompagner dans leur engagement de réduire les rejets mercuriels.

Cette série de négociations — 5 entre 2010 et 2013 — est l’occasion pour ce secteur d’utiliser les mêmes armes que celles de la grande industrie minière, à savoir le lobbying, pour faire valoir l’importance économique de leur secteur qui, à la différence de la grande industrie, n’est pas prédatrice et bénéficie vraiment aux économies des pays d’où l’Or est extrait.

C’est pour exercer ce lobby que je me rends à la fin du mois au Japon où aura lieu la deuxième session de négociation du traité pour l’Alliance pour la Mine Responsable (ARM). Nous y défendrons l’utilisation responsable du mercure dans le secteur et demanderons l’accompagnement des gouvernements à travers des politiques publiques appropriées.

Meilleurs vœux pour l’année 2011 !

Patrick Schein

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L’Or ou le paradoxe de l’Homme

11/06/2010

Il y a deux semaines, un vieil ami me contacte car il désirait un article généraliste sur l’Or afin d’illustrer un film qu’il produit et auquel j’ai participé en tant que consultant. J’ai voulu, outre narrer l’histoire, l’économie et l’utilisation de ce métal précieux, apporter une nouvelle manière d’appréhender ce secteur que beaucoup ne considèrent que par son aspect monétaire et quantitatif. J’espère qu’il vous apportera également une nouvelle façon de voir ce métal.

Bonne journée

Patrick Schein

Or artisanal - Pérou - © C. Famali - ARGOS

Or artisanal responsable - Pérou - © C. Famali - ARGOS

En 1862, l’écrivain britannique John Ruskin contait l’histoire de cet homme qui s’embarqua à bord d’un navire avec pour seul bagage, précieusement gardé, un sac rempli de toute sa richesse en Or. Le bateau fut pris dans une forte tempête, puis sombra. Obéissant à l’ordre d’évacuation, l’homme sauta du pont — son précieux pécule solidement fixé à la ceinture — et coula à pic, emporté par son sac d’Or. L’auteur s’interrogea alors : « Maintenant qu’il coulait, possédait-il son Or, ou bien était-ce son Or qui le possédait ? »

Depuis sa première utilisation, il y a plus de 6 000 ans en Thrace et en Nubie, l’Or a couronné ou révoqué, hanté ou fait rêver l’Homme.

L'or des Thraces - © REUTERS/Stoyan Nenov

Il a été la raison d’être de sociétés entières avant de les anéantir, a fondé et détruit des économies, décidé du sort des rois, enluminé les plus belles œuvres d’art, et a été à l’origine des plus abominables exactions. L’Or a poussé les hommes à endurer les pires épreuves dans l’espoir d’accéder à la richesse immédiate et de ne plus avoir à se soucier du lendemain. Cette quête obstinée est immortalisée par Charlie Chaplin dans un des premiers plans de La Ruée vers l’or (1925) où nous découvrons une file impressionnante de chercheurs d’Or en train de gravir le sentier de Chilkoot Pass dans le Klondike canadien durant la ruée vers l’Or de 1898.

Ce paradoxe de Ruskin caractérise l’Or depuis la nuit des temps. L’Or est un univers de contradictions. Il est généralement perçu comme un refuge, mais si l’on suit ce principe avec trop de zèle, il devient une malédiction. Sa beauté inaltérable, qui le fait briller tel un soleil, et son indestructibilité l’ont converti en un talisman servant à se protéger des

ténèbres de l’avenir. Christophe Colomb écrivait ainsi à la royauté espagnole : « L’Or est le plus précieux de tous les biens […] celui qui le possède a tout ce dont il a besoin en ce monde et également les moyens de sauver les âmes du purgatoire et de les envoyer un jour au paradis. »

Des nations ont parcouru la Terre entière à sa recherche afin de contrôler d’autres nations, pour finalement découvrir que c’était l’Or qui contrôlait leur propre destin. Au sommet de l’arc-en-ciel, l’Or est la contemplation ultime, le paradis, mais au fond de la mine il s’approche de l’enfer. Symbole de l’éternité, il inspire les idées les plus pures et les plus nobles au travers de la religion ou de la royauté, mais peut aussi conduire des peuples vers la mort ou l’esclavagisme.

Eglise Sao Francisco - Bahia, Brésil

Ce paradoxe de l’Or se retrouve dans ses propriétés physiques : extrêmement malléable — au point de devoir l’allier à d’autres métaux pour le durcir et pouvoir en façonner

Invalides - 10 kilos d'Or

un bijou — tout en étant inaltérable. On peut tout en faire, sauf le détruire.

En dépit des obsessions complexes qu’il suscite, l’Or est un élément magnifiquement simple et chimiquement inerte. Il est extrêmement dense, puisque la quantité d’Or extraite depuis sa découverte tiendrait dans un cube de 20 mètres de côté. Isaac Newton l’a fait adopter comme étalon de la monnaie en remplacement de l’argent métal, car par sa densité et son prix élevé, de petits volumes d’Or

suffisaient pour des paiements importants. Une de ses particularités réside dans le fait que tout l’Or extrait depuis l’origine des temps est toujours existant. Ainsi, l’apport de l’extraction minière en 2009 a représenté moins de 2 % des stocks qui, contrairement aux idées reçues, se trouvent certes au fond des coffres — des banques centrales (20 % du stock), ou des particuliers (20 %) — mais surtout autour des cous et poignets des personnes. En effet, plus de la moitié du stock (84 millions de kilos) existe sous forme de bijoux, soit plus de 12 grammes d’Or par habitant de la planète (près de 400 € au cours actuel).

Réserves d'Or - 1 module = 4 tonnes d'Or

L’Or est un métal dont l’humanité pourrait tout à fait se passer, puisqu’il est soit porté comme bijou, soit enfermé dans des coffres-forts. C’est donc l’Homme qui lui a accordé sa valeur depuis que Crésus, roi de Lydie, frappa, vers 550 av. J.-C., la première monnaie en Or extrait par ses sujets des sables charriés par la rivière Pactole.

De plus, nous en avons suffisamment extrait pour approvisionner la demande bijoutière — premier débouché — pendant près d’un siècle sans refondre le même gramme.

Ces observations sont essentielles, car l’extraction minière, surtout industrielle (90 % de l’Or extrait annuellement), n’est pas sans laisser de trace sur notre planète. Ainsi, il suffit de parcourir les rapports édités par les grands groupes miniers aurifères pour

Mine d'Or - Australie

s’apercevoir que l’extraction de 20 grammes d’Or entraîne le rejet de 50 tonnes de déchets miniers, de plus de 400 kg de CO2, et la consommation de plus de 50 000 litres d’eau. De plus, dans cette industrie très concentrée — les 15 premières sociétés extraient 50 % de la production annuelle —, l’utilisation de la main-d’œuvre est très faible. Enfin, la part de la richesse créée restant dans le pays producteur est dérisoire au regard des profits dégagés qui alimentent majoritairement les réseaux financiers des pays industrialisés. Le cas du Mali est éloquent. En 2009, le pays se hisse au rang de 3e producteur africain et 14e mondial, alors qu’au classement IDH (Indice de Développement Humain) de la même année publié par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), il se classe à la 178e place sur 182 pays, le dernier étant le Niger, pourtant 6e producteur mondial d’uranium !

À un niveau plus modeste, l’exemple de la France, est particulièrement frappant. Le département de la Guyane avec sa forêt primaire constitue un inestimable sanctuaire de la

Forêt guyanaise - © P. Schein

biodiversité. Plusieurs communautés ancestrales, qui tirent leurs moyens de subsistance de la forêt, subissent de plein fouet les effets dévastateurs de l’exploitation de l’Or.

Alors que les gisements s’amenuisent partout dans le monde, des études du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) ont clairement montré que d’importantes réserves sont encore enfouies dans le sous-sol de cette région provoquant un afflux de personnes fuyant la pauvreté du Brésil voisin en quête d’un revenu décent, venant extraire de l’Or sans les autorisations requises.

Avec ses techniques violentes et polluantes, l’orpaillage en Guyane, qu’il soit légal ou non, représente un spectaculaire facteur de dégradation environnementale dont les humains ne sortent pas indemnes, notamment à cause du mercure utilisé dans l’extraction non légale, seul moyen accessible à la disposition de ses mineurs pour piéger l’Or dans les sables aurifères.

Cette réalité de la mine d’Or appellerait sans doute à proscrire son extraction pour se contenter du recyclage des stocks existants qui suffisent largement à satisfaire nos besoins. Mais c’est vite oublier le paradoxe de Ruskin, car l’extraction aurifère peut également être créatrice de développement et offrir une opportunité unique de générer un revenu pour un grand nombre de personnes dans le besoin. Ainsi, l’Or peut être un élément fondateur de communautés, voire de pays, si une juste redistribution des revenus engendrés par son extraction est instaurée, à l’image de ce que l’Ouest américain, le Canada et l’Australie ont pu connaître il y a plus de 150 années.

Détail du sceau de la Californie montrant plus précisément un forty-niner en train de creuser avec une pioche et une pelle, une batée et une rampe de lavage. © Wikimedia

La mine est également justifiée dans le cas de l’extraction aurifère artisanale qui fait vivre plus de 60 millions de personnes dans le monde en ne fournissant que 10 à 15 % de l’offre minière mondiale. Cette extraction sait également être responsable. Pour preuve l’arrivée récente de l’Or Équitable, un Or à forte valeur sociale, porteur de développement, extrait de manière responsable et dans le respect de l’environnement par des communautés minières artisanales.

Or Artisanal - Guinée © P. Schein

Dans ce contexte, quel est l’avenir de l’Or ? Beaucoup l’avaient enterré, mais depuis quatre ans, il a triplé sa valeur, et la crise économique mondiale le hisse au premier plan de l’actualité pour sa qualité de devise ultime car la seule qu’on ne puisse imprimer. Une seule certitude : l’avidité et la peur, ainsi que la soif de pouvoir et de beauté sont encore bien vivantes. L’Or symbolise toujours le désir d’éternité, l’assurance ultime contre le risque ; la valeur que nous lui attribuons est le reflet de notre insécurité ou plutôt de notre  besoin de sécurité. À l’instar du voyageur de Ruskin qui sauta par-dessus bord, les gens prennent le symbolisme de l’Or trop au sérieux. Aveuglés par son éclat, ils sont abusés par une illusion.

© REUTERS/Issei Kato

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L’industrie bijoutière n’a plus besoin de l’Or minier !

11/06/2010
En avril 2010, j’ai publié un billet sur  le blog du recyclage de l’Or que j’anime sur le thème que l’industrie bijoutière n’avait plus besoin de la mine pour s’approvisionner. Cet article a d’ailleurs été repris sur le premier blog nord-américain de bijouterie éthique. En effet, aux États-Unis, l’Or recyclé a le vent en poupe et permet aux bijoutiers de s’affranchir de l’industrie minière qui se voit de plus en plus entachée par les campagnes de sensibilisation.

NoDirtyGold New-York - © Earthworks

Mais l’Or recyclé possède un grand défaut : il n’est porteur d’aucun développement. Alors que l’Or artisanal permet à 60 millions de personnes de vivre, l’Or industriel et encore moins l’Or recyclé ne fournissent pas de travail et donc de revenu à un grand nombre. Alors, quand l’artisanat minier sait être responsable et respecter l’environnement, il faut TOUJOURS préférer utiliser l’Or qu’il produit. Cet Or, c’est l’Or Équitable.

Patrick Schein
Article paru en Avril 2010
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le World Gold Council,  le syndicat des grands groupes miniers aurifères, vient de publier les statistiques 2009, et celles-ci sont éloquentes pour ce qui est du recyclage du plus prisé des métaux précieux.

© Matthew Staver/Bloomberg

À l’échelle planétaire, en 2009, le recyclage des stocks d’Or existants, en majorité des bijoux, a pratiquement égalé la demande d’Or de l’industrie bijoutière !

© Acker/Bloomberg

On a fondu et affiné en 2009 près de 1 700 tonnes d’Or, en majorité de vieux bijoux, et la fabrication de nouveaux bijoux a quant à elle absorbée un peu plus de 1 750 tonnes d’Or. Le taux de couverture de l’industrie bijoutière mondiale par le recyclage se situe donc à plus de 95 % !

Plus éloquent encore. En Europe, ce taux a dépassé les 100 % pour atteindre 135 % ! En effet, selon les statistiques, il s’est recyclé 270 tonnes d’Or alors que la consommation bijoutière du continent n’a pas excédé 200 tonnes ! L’Europe n’a donc plus besoin d’Or minier pour s’approvisionner en bijoux.

© REUTERS/Parth Sanyal

Le recyclage est suffisant pour satisfaire les besoins du vieux continent.
Les stocks de bijoux, qui représentent plus de 30 années de production minière, sont donc devenus la nouvelle mine d’Or du XXI° siècle dont l’exploitation est devenue rentable grâce à l’effet combiné d’un prix historiquement au plus haut, d’une crise économique aigüe et de l’apparition de nouvelles filières de vente beaucoup plus accessibles et directes.
L’autosuffisance de l’industrie bijoutière n’est donc plus un objectif pour les défenseurs de l’environnement, mais un fait !
Alors, la question qui se pose est : pourquoi poursuivre l’extraction aurifère si cette industrie a un impact environnemental très élevé, que l’Or n’est pas indispensable à notre vie et que la demande bijoutière peut très bien être satisfaite par les stocks d’Or existants qui représentent fin 2009 près de 65 années de production minière ?

© REUTERS/Ajay Verma

Pour moi, la réponse est simple. L’extraction minière n’est justifiée que si elle est porteuse de développement local et d’une juste redistribution des revenus engendrés, à l’image de ce que l’Ouest américain, le Canada et l’Australie ont pu connaître il y a plus de 150 années. Elle est également justifiée dans le cas de l’extraction aurifère artisanale qui fait vivre plus de 60 millions de personnes dans le monde en ne fournissant que 10 à 15 % de l’offre minière mondiale.
Bonne semaine.

Mineur artisanal au Pérou © C. Famali / ARGOS

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FLO et ARM lancent des standards Fairtrade et Fairmined pour l’Or Équitable

12/04/2010

Voici le communiqué de presse annonçant le lancement de l’Or Équitable labellisé.

Un partenariat historique pour l’extraction aurifère artisanale et à petite échelle

17 mars 2010

Les organisations Fairtrade Labelling Organizations International (FLO) et Alliance for Responsible Mining (ARM) ont créé le premier label aurifère indépendant délivré par un organisme tiers, dont la vocation est de favoriser le développement social, environnemental et économique dans les communautés d’artisanat minier.

En instaurant un système destiné à garantir aux mineurs artisanaux (ASM) l’obtention d’un meilleur prix pour leur Or, ce partenariat permettra aux deux organismes d’atteindre des objectifs stratégiques communs. Ce partenariat sera visible sur les produits par le biais d’un poinçon colabellisé FAIRTRADE et FAIRMINED.

Dans le monde, plus de 100 millions d’individus qui dépendent directement ou indirectement de l’extraction minière artisanale et à petite échelle sont pris au piège de filières déloyales et peinent à obtenir un prix juste pour l’Or qu’ils extraient. Ainsi, conjuguée à une hausse des prix et à un meilleur accès aux marchés, une organisation démocratique des mineurs permettra d’améliorer la technologie et les conditions de travail des sites miniers, et de mettre en place des projets communautaires dans l’éducation, la santé et la restauration de l’environnement, ainsi que d’autres formes de revenu. De cette manière, le développement des communautés minières sera plus durable et pérenne.

Selon Rob Cameron, directeur général de FLO, « Les standards Fairtrade et Fairmined permettront d’endiguer la pauvreté en offrant aux mineurs une alternative légitime à leur exploitation et aux marchés déséquilibrés. Ils constituent un outil de développement important qui contribuera à réduire l’impact de l’extraction minière sur l’environnement et qui améliorera la traçabilité de l’Or. Ce partenariat historique est une occasion unique de faire progresser la situation pour les mineurs, leur famille et leur communauté. »

Avec les nouveaux standards pour l’Or Équitable, Fairtrade et Fairmined, les entreprises intéressées peuvent apposer les estampilles FAIRTRADE et FAIRMINED sur les produits en Or certifié, tels bijoux, pièces commémoratives, lingots, médailles, trophées et objets religieux. Selon une enquête réalisée auprès de 96 entreprises réparties dans 11 pays, les produits de consommation susceptibles d’être concernés sont les alliances, les bagues, les colliers, les boucles d’oreilles et les bracelets.

Si les mineurs artisanaux produisent chaque année 15 % seulement de l’offre mondiale d’or, ils représentent 90 % de la main-d’œuvre pour l’extraction. Grâce au colabel Fairtrade et Fairmined, les mineurs peuvent améliorer leur situation sociale et économique, ainsi que leurs conditions de travail et l’impact sur leur environnement.

Les standards pour l’Or Équitable Fairtrade et Fairmined signifient que :

  1. Les mineurs vendront leur Or à un meilleur prix, avec une garantie supérieure d’obtenir le prix minimum garanti Fairtrade. Pour le contenu d’Or fin, le prix minimum défini par Fairtrade est fixé à 95 % du cours de la London Bullion Market Association (LBMA), FOB au point d’exportation.
  2. Les mineurs recevront une prime sociale Fairtrade, équivalant à 10 % du cours LBMA applicable. En ce qui concerne l’Or Écologique (extrait sans recours à l’utilisation de produits chimiques et selon des conditions strictes de restauration de l’environnement), ils percevront une prime écologique supplémentaire de 5 % du cours LBMA.
  3. Par le biais de leur organisation, les mineurs ont l’opportunité de se regrouper pour avoir plus d’influence : pouvoir de négociation accru avec les négociants, meilleure rémunération de leur produit et maîtrise accrue de la filière bijoutière. Bien que le cours de l’Or soit largement connu au sein des communautés d’extraction aurifère, les mineurs reçoivent souvent moins d’argent en raison du grand nombre d’intermédiaires entre eux et la société exportatrice. Une fois que chacun a pris son pourcentage, ils peuvent ne percevoir que 70 % du cours LBMA. La certification Fairtrade et Fairmined leur permettra ainsi de demander un préfinancement auprès des acheteurs potentiels et leur garantira un prix minimum pour leur produit. Cela renforcera la concurrence sur les marchés locaux et contribuera à améliorer les relations commerciales au profit des mineurs.
  4. Les mineurs certifiés sont tenus d’adopter des pratiques sûres et responsables pour la gestion des produits chimiques toxiques utilisés pour extraire de l’Or, comme le mercure et le cyanure. Il convient de limiter leur utilisation au minimum et à terme, de ne plus y recourir du tout dans la mesure du possible. Les mineurs qui extraient de l’Or uniquement par procédé gravimétrique perçoivent une prime écologique supplémentaire.
  5. L’Or certifié Fairtrade et Fairmined ne contribuera pas à alimenter les conflits ni la violence. Au contraire, pour les mineurs certifiés basés dans des zones de conflit, l’amélioration de la stabilité économique, de la traçabilité et de la transparence liées à la vente de leur Or certifié contribuera peut-être à consolider la paix.

Comme l’a déclaré la directrice de la Fairtrade Foundation Harriet Lamb, « Les entreprises et les consommateurs saisiront cette opportunité exceptionnelle d’avoir un réel impact sur les conditions de vie des mineurs. Le lancement des standards d’Or Équitable Fairtrade et Fairmined est vital pour les communautés qui sont à la merci de marchés déséquilibrés, et pour lesquelles l’agriculture et d’autres moyens de subsistance ne sont pas viables. Bon nombre d’entre elles se font exploiter par les intermédiaires, qui paient des prix inférieurs à ceux du marché et qui escroquent sur le poids et la pureté de la teneur de l’or. Les membres des communautés minières ne disposent pas d’installations sanitaires de base ni d’eau propre et potable, ils sont mal logés, ils ont peu — voire pas — d’accès à l’éducation et à la santé, et n’ont aucune stabilité financière. Complémentaires d’autres projets en place, les standards d’Or Équitable Fairtrade et Fairmined sont un outil de développement substantiel. Nos études ont démontré que pour les consommateurs, l’achat d’un bijou pour une occasion spéciale a plus de valeur et de signification s’il porte le double poinçon Fairtrade et Fairmined. Les personnes interrogées ont en effet déclaré que le colabel rassure autant celui qui offre que celui qui reçoit le bijou sur le fait que les mineurs sont mieux rémunérés. »

Et Cristina Echavarria, directrice d’ARM, d’ajouter : « Les standards d’Or Équitable Fairtrade et Fairmined sont actuellement les meilleurs sur le marché de l’Or en termes d’influence sur le développement des communautés minières. Sur des aspects comme la traçabilité, c’est même un exemple pour l’industrie minière à plus grande échelle. L’Or Équitable Fairtrade et Fairmined est jugé de qualité supérieure, il est adopté par les consommateurs les plus attentifs et constitue un segment de marché croissant qui sera incontournable dans les tendances futures. Grâce à lui, les mineurs artisanaux du monde entier gagneront en légitimité et seront mieux reconnus par le secteur minier et les pouvoirs publics. Ces communautés, historiquement privées de leurs droits, souvent victimes d’abus par des groupes illégaux, pourront enfin obtenir la reconnaissance de leur contribution à la survie de millions d’individus, et toucher le cœur et l’esprit des consommateurs qui, par le biais de leurs achats de bijoux, veulent contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de l’environnement des communautés minières. Leur décision influence déjà l’ensemble des secteurs de l’extraction minière et de la bijouterie. C’est pour cette raison fondamentale qu’ARM est si fière d’avoir créé ce partenariat avec FLO et que les mineurs tiennent tant à fournir aux bijoutiers et consommateurs éthiques de l’Or Équitable extrait de façon responsable et estampillé Fairtrade et Fairmined »

Pilotés par ARM avec l’aide de neuf organisations de producteurs légalement établies en Bolivie, en Colombie, en Équateur et au Pérou, les standards sont désormais ouverts à toutes les communautés de mineurs artisanaux d’Amérique latine. D’autres organisations de producteurs d’Amérique latine devraient se joindre au programme à partir de 2011. Dès 2010, ARM créera un réseau de projets pilotes en Afrique, puis en Asie.

Selon Manuel Reinoso Rivas, président de l’AMASUC (Association régionale de producteurs miniers artisanaux du Sud-Moyen et Centre du Pérou) et membre du conseil d’administration d’ARM : « La certification Fairtrade et Fairmined motive tous les mineurs artisanaux, hommes ou femmes, à faire pression pour travailler dans de meilleures conditions et améliorer tout ce qui touche à leur santé et à leur sécurité. Nous devons apprendre à utiliser des technologies propres et non polluantes qui préserveront non seulement notre environnement mais nous permettront en outre d’extraire davantage de métal. Nous sommes décidés à réduire le nombre d’accidents, à limiter l’impact des maladies professionnelles et à aider nos entreprises minières et nos communautés à garantir à nos mineurs, à nos familles, à nos femmes et à nos enfants une vraie qualité de vie et un environnement sans risque majeur en mesure de coexister avec nos autres activités de production. En assumant cette responsabilité, nous contribuons à une meilleure qualité de vie et nous donnons l’exemple à nos propres enfants et aux générations futures. »

L’Or Équitable Fairtrade et Fairmined sera lancé dans un premier temps au Royaume-Uni, puis il sera étendu à d’autres pays, l’objectif étant de représenter 5 % du marché de la bijouterie en or d’ici 15 ans, soit 15 tonnes d’or Fairtrade et Fairmined par an. L’Or respectant les standards de Fairtrade et de Fairmined sera colabellisé et estampillé FAIRTRADE et FAIRMINED afin d’illustrer auprès des consommateurs la force de ce partenariat entre les deux organisations.

Cristina Echavarria, Directrice, ARM - cechavarria@communitymining.org

+574 3330188 - +44 020 3286 0579 - www.communitymining.org

Patrick Schein, Membre du conseil d’administration d’ARM

schein.patrick@gmail.com - +33 6 61 36 12 30

Martine Julseth, Responsable médias et RP, Fairtrade Foundation

+44 (0)20 7440 7695/07825 827 791 - martine.julseth@fairtrade.org.uk

Laura Zonka, Responsable des relations médias, FLO

+49 228 94923 282 - l.zonka@fairtrade.net

Notes aux rédacteurs :

  1. L’estampille FAIRTRADE est un label de qualité et une marque déposée de Fairtrade Labelling Organizations International (FLO), dont Fairtrade Foundation est le membre britannique. La Fairtrade Foundation est un organisme de certification indépendant qui autorise l’apposition de l’estampille FAIRTRADE sur les produits respectant les standards internationaux de Fairtrade. Ce label indépendant de commerce équitable est désormais reconnu par 72 % des consommateurs britanniques et constitue une garantie que les producteurs défavorisés obtiennent de meilleures conditions. Aujourd’hui, plus de 7,5 millions d’individus (agriculteurs, employés et leurs familles) issus de 58 pays en développement bénéficient du système international de commerce équitable Fairtrade.
  2. L’estampille FAIRMINED garantit que l’Or a été extrait et traité de manière équitable et responsable. De cette manière, les mineurs perçoivent un prix équitable, ils ne font plus travailler les enfants, ils adoptent de bonnes pratiques de santé et de sécurité, ils respectent l’environnement et participent au développement social de leur communauté.
  3. FLO définit les standards du commerce équitable. Cette organisation rassemble les organisations nationales de commerce équitable d’Europe, d’Amérique du Nord, du Japon, d’Afrique du Sud, d’Australie et de Nouvelle-Zélande, ainsi que des réseaux de producteurs représentant des organisations de producteurs certifiées Fairtrade en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Aujourd’hui, plus de 5 millions d’individus (agriculteurs, employés et leurs familles) issus de 59 pays en développement bénéficient du système international de commerce équitable Fairtrade.
  4. ARM est une initiative communautaire multisectorielle internationale créée pour améliorer l’équité et le bien-être des communautés minières artisanales et à petite échelle. En collaboration avec des mineurs et des ONG, ARM a élaboré le Standard Zéro, à partir duquel elle a mis au point en collaboration avec FLO les standards Fairtrade et Fairmined pour l’Or issu de l’extraction artisanale (et les métaux précieux associés). Par le biais de la certification des produits et sites d’extraction, et du versement de primes d’incitation correspondantes, ARM soutient les mineurs artisanaux et leurs communautés, et les aide à respecter les critères de pratiques responsables en matière sociale, environnementale, commerciale et d’emploi. ARM établit également un dialogue avec les pouvoirs publics pour améliorer les droits des mineurs artisanaux, et considère la justice et la responsabilité sociale et environnementale comme des valeurs essentielles pour transformer durablement leur situation.
  5. ARM souhaite que l’exploration minière artisanale devienne une activité formalisée, organisée et lucrative qui utilise des technologies efficaces et est responsable sur le plan social et environnemental, qui se développe constamment dans un cadre de bonne gouvernance, de légalité, de participation et de respect de la diversité, qui contribue au travail décent, au développement local, à la réduction de la pauvreté et à la paix sociale dans nos nations, le tout tiré par une demande croissante de minéraux durables et de bijoux éthiques de la part des consommateurs.
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Mon parcours

12/03/2010

© Collanges/ARGOS

Après avoir expliqué les raisons qui m’ont amené à créer ce blog, quelques mots sur mon parcours.

J’ai 44 ans, et voilà maintenant 20 ans que je travaille dans les métaux précieux. J’ai connu cet univers en Espagne. Une maîtrise de gestion de l’Université PARIS IX Dauphine en poche, j’ai travaillé deux années dans le Pays basque espagnol au sein du deuxième affineur ibérique, où j’étais en charge de l’approvisionnement en métaux précieux bruts et de leur vente, une fois purifiés.

Après un intermède en France, où j’ai travaillé dans une société qui valorisait les métaux précieux contenus dans les déchets électroniques – qui sont dix fois plus riches qu’une mine d’Or – , j’ai fondé en 1992 la société S&P Trading qui s’est spécialisée dans le négoce de métaux précieux, et qui se voulait le lien entre les producteurs et collecteurs des pays producteurs et les affineurs situés pour la majorité en Europe.

Immédiatement, nous avons eu du succès auprès des collecteurs et mines moyennes en Amérique latine, plus particulièrement en Colombie, Pérou et Équateur. Ce succès a permis de tisser un réseau de partenaires compétents sur le continent sud-américain qui nous assurait un approvisionnement soutenu.

Étant donné que la majorité de l’Or que nous achetions dans les pays andins provenait directement ou indirectement de l’extraction minière artisanale et à petite échelle, j’ai côtoyé ce secteur de l’extraction aurifère qui m’a séduit et passionné. En 2004, j’ai évoqué l’idée du commerce équitable dans ce secteur similaire à celui du coton qui lançait son coton équitable labellisé en France. C’est ainsi qu’entre 2004 et 2006, j’ai défendu l’introduction du business model du commerce équitable dans le secteur aurifère, notamment en étudiant pour le compte du Programme Global pour le Mercure géré par l’ONUDI l’amélioration que pouvait apporter ce modèle aux revenus des artisans mineurs. Ce travail m’a permis de visiter de nombreux pays producteurs et de constater que l’artisanat minier, qui fournissait du travail à plus de 15 millions de mineurs et qui était souvent méprisé — voire diabolisé — par l’industrie minière, avait besoin d’être représenté et son statut défendu, auprès des États mais surtout auprès des consommateurs. Le mineur artisanal avait besoin d’être reconnu en tant qu’individu, mais aussi en tant que force économique, sociale et politique.

J’ai intégré en 2006 le conseil d’administration de l’Alliance pour la Mine Responsable qui a été l’instaurateur du commerce équitable appliqué à l’Or, et qui a mis en place les premiers standards d’Or Équitable labélisé, en partenariat avec FLO (Fairtrade Labelling Organization). J’ai participé à cette aventure passionnante au sein du conseil exécutif de l’association, mais aussi au sein du comité technique qui a élaboré ces standards.

Parallèlement, S&P Trading a acquis en 2006 une unité d’affinage de métaux précieux en France, afin d’être doté d’un outil de traçabilité indispensable à la distribution d’Or Équitable. En effet, S&P Trading s’est fixé comme ambition d’être le premier distributeur de métaux tracés et surtout d’Or Équitable.

Cette usine traite exclusivement soit des métaux précieux issus de produits en fin de vie ou de déchets de fabrication (recyclage), soit de l’Or provenant de communautés minières artisanales responsables (Or Équitable). Cette unité est la première en Europe à avoir adhéré à la charte NoDirtyGold.

Dans la période 2006-2008 j’ai également collaboré avec une mine d’or française en Guyane. J’ai assuré le poste de direction financière et commerciale, et participé à son introduction en bourse. Cette collaboration m’a permis de connaître la mine moyenne de l’intérieur, et surtout l’extraction minière dans un environnement exceptionnel, tant en biodiversité qu’au niveau règlementaire, la Guyane étant un territoire d’Amérique du Sud où les lois de la République française et de la Communauté européenne s’appliquent.

Enfin, 2009 a été une année riche qui a vu l’émergence de notre site d’achat d’Or réservé aux particuliers www.GoldbyGold.com, ainsi que le lancement de notre plateforme de distribution d’Or Équitable.

Voilà, vous savez à peu près tout sur mon parcours professionnel et les projets que nous portons.

Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à me contacter directement.

© Salaverry

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Bonjour tout le monde ! Pourquoi ce blog ?

10/02/2010

Bienvenue dans le blog de l’Or Équitable !

Ce blog servira à la fois à vous maintenir informés de l’actualité autour de l’Or Équitable, mais également de tribune pour partager avec vous mes réflexions et commentaires sur ce métal précieux à forte valeur sociale.

Depuis peu l’Or fait la une de l’actualité ; on a l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle ruée ! En effet, le métal précieux n’a jamais été aussi haut, non parce qu’il se raréfie, mais plutôt parce qu’il retrouve sa fonction de valeur refuge, après plus de vingt années de morosité, à un moment où l’économie mondiale traverse une période incertaine et remplie de déséquilibres.

Mais pendant que la planète s’emballe sur la flambée de l’Or, personne ne se soucie de savoir d’où vient notre Or. En 2009, l’extraction minière d’Or a atteint 2 500 tonnes, soit l’équivalent d’environ 62 milliards d’euros. Au bout de la chaîne, 1 800 tonnes ont été transformées en bijoux et achetées par nous, les consommateurs.

En regardant de plus près, on se rend compte que 90 % de l’Or produit dans le monde est extrait par seulement 10 % de la main-d’œuvre du secteur. Le reste occupe 10 à 15 millions de mineurs faisant vivre environ 60 millions de personnes dans 50 pays, essentiellement du Sud. De plus, il s’agit d’une industrie très concentrée : les 15 plus grandes sociétés productrices totalisent près de 50 % de l’extraction mondiale. La première, Barrick Gold, représente à elle seule un dixième de l’offre minière mondiale.

Il est donc temps de faire évoluer la perception qu’ont les consommateurs et les acteurs du secteur (joailliers, fabricants, commerçants) de l’extraction minière aurifère, et de replacer l’Homme au centre de son économie.

Lors d’un voyage d’étude réalisé pour le Programme Global du Mercure en 2006 en Afrique de l’Ouest, nous avons pu constater ce décalage de manière criante. D’un côté, un des géants miniers produisait 8 tonnes d’Or en employant presque 3 000 personnes (emplois directs), et de l’autre, un pan entier de l’économie nationale, avec 200 000 mineurs artisanaux qui extrayaient bon an, mal an, environ 7 tonnes d’Or.  De plus, côté industriel, tout est importé : l’énergie, la technologie, une partie de l’encadrement, les produits chimiques. Ce qui a pour conséquence, si l’on ajoute les dividendes versés à l’extérieur, que seule une faible partie (que j’estime aux alentours d’un tiers) de la valeur de l’Or profite à l’économie du pays. Alors que côté artisanal, presque tout est fait à la main avec très peu de mécanisation, ce qui a pour effet que, selon mes estimations, 90 % de la valeur de l’Or extrait reste dans le pays.

Cela signifie que l’Or (ressource non renouvelable) artisanal fournit beaucoup de travail à des gens qui en ont besoin. Alors que s’il est extrait industriellement, il ne fixera plus les populations dans les campagnes et favorisera donc l’exil de ces mêmes gens dans des villes déjà surpeuplées.

Cet cas, extrême mais réel, montre l’utilité de l’extraction artisanale aurifère dans le monde. Évidemment, il faut l’encadrer afin de réduire son impact environnemental au minimum, sans oublier que l’industrie minière est franchement médiocre dans ce domaine. Ainsi, pour produire 20 grammes d’Or (une bague par exemple), un des géants du secteur utilise plus de 50 000 litres d’eau et produit près de 50 tonnes de déchets miniers.

Cet exemple nous montre l’importance de l’origine de l’Or. Entre deux alliances identiques, un consommateur responsable préférera sûrement porter celle qui a fourni du travail à 80 fois plus de gens.

L’Or artisanal, c’est de l’Or « fait main ». De l’or qui fournit du travail à des gens qui en ont besoin. S’agissant d’une ressource non renouvelable, ce concept, avec l’accroissement continu de la population mondiale, devient d’une importance grandissante.

Ce blog a donc pour vocation de replacer l’Homme au centre de l’économie de l’extraction aurifère. À un moment où des voix, parmi les plus reconnues au monde, demandent aux responsables politiques que les indicateurs économiques évoluent pour prendre en compte la durabilité, la qualité de vie, la répartition des ressources, et qui concluent que la croissance n’est pas l’unique facteur de développement, il est temps d’appliquer les mêmes principes au secteur de l’extraction aurifère, qui plus est lorsque nous avons affaire à une ressource non renouvelable, donc finie. Ainsi, pourquoi continuer à classer une mine d’or au nombre de lingots qu’elle produit ? Pourquoi ne pas l’évaluer en fonction de la part de la valeur créée qui demeure dans le pays producteur, du nombre de personnes qu’elle fait travailler localement et du pourcentage de redevances qu’elle verse aux États ? J’appelle cela : replacer l’Homme au centre du secteur de l’extraction aurifère.

Je crée donc ce blog afin de propager ces réalités et convictions. Il doit servir à sensibiliser les consommateurs, qui possèdent le plus grand levier pour faire évoluer la situation, car ce sont eux qui achètent les bijoux. Il est également destiné à conscientiser les acteurs de la filière (joailliers, fabricants, commerçants). Ce blog est aussi ouvert aux idées et analyses des autres acteurs qui défendent cette vision de l’extraction aurifère.

Replaçons donc l’Homme au centre du secteur minier aurifère et soutenons un artisanat minier aurifère responsable !

Longue vie et prospérité à L’Or Équitable !

Patrick Schein

Mineurs De la Cie Minière AURELSA © P. Schein

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Protégé : essai carte

18/01/2010

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