Patrick Schein

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Le blog de l'Or Équitable

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Le Traité international sur le mercure : une opportunité en Or pour les mineurs artisanaux !

13/01/2011

Retorte (alambic) artisanale

En février 2009 à Nairobi, une gestion mondiale du mercure – polluant hautement toxique – a été convenue par les ministres de l’environnement à la fin du Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). C’est à l’unanimité que 140 gouvernements ont décidé de lancer des négociations sur un traité international pour faire face aux émissions globales et aux rejets d’un polluant qui menace la santé des fœtus et des bébés aux mineurs d’Or et leurs familles.

L’utilisation de mercure dans le secteur de l’extraction artisanale et à petite échelle de l’Or est une question importante examinée dans le cadre des négociations du traité.

Récupération manuelle du mercure - Pérou

Le PNUE a organisé un forum mondial sur l’extraction minière artisanale et à petite échelle de l’Or à Manille il y a tout juste un mois. J’y étais convié en tant qu’expert pour exposer aux gouvernements et aux ONG présents l’économie de l’artisanat minier aurifère et l’importance que ce secteur – contrairement à l’industrie extractive à grande échelle – revêt pour les pays producteurs par son fort impact sur l’économie locale et par sa propension à générer de nombreux emplois. J’ai également eu l’occasion d’expliquer comment le mercure est utilisé par les artisans mineurs comme instrument financier leur permettant de récupérer l’Or contenu dans leurs concentrés facilement, très rapidement et sans mettre en œuvre une technicité importante.

Cheminée d'une centrale électrique à charbon

Lors de ce forum, les mineurs artisanaux présents, venus des Philippines, du Pérou, de la Mongolie et de la Tanzanie, ont pris l’initiative de rédiger et de lire une déclaration destinée aux gouvernements qui prennent part aux discussions sur le traité. Cette déclaration, que je vous invite à soutenir, est fondamentale, car elle émet le souhait de ces mineurs de réduire leurs émissions de mercure, voire de les éliminer. Comme d’autres secteurs qui rejettent du mercure dans l’environnement – les centrales à charbon par exemple ou l’absence de recyclage des ampoules fluocompactes –, les mineurs artisanaux, souvent parmi les plus pauvres, assument leurs responsabilités et s’engagent à réduire leurs rejets mercuriels ! Mais pour que cela soit possible, ils demandent à leurs gouvernants d’établir les conditions qui leur permettront d’effectuer cette transition vers un artisanat minier responsable respectant l’environnement, à l’image des premières communautés minières du commerce équitable labellisé. Il s’agit notamment de la reconnaissance légale et économique de leur activité, de l’aide à la professionnalisation accompagnée de transferts de technologie et de la mise en place des services publics et infrastructures basiques. Car l’utilisation du mercure est la conséquence de la précarité dans laquelle le secteur opère. Pour pouvoir l’éradiquer, seule une existence légale et une visibilité économique couplée à un transfert de technologies propres, qui existent et ont fait leur preuve, permettront aux mineurs d’effectuer cette transition et de trouver les financements appropriés qui font tant défaut aujourd’hui.

Retorte (alambic) communale - Pérou

Cette déclaration est la preuve que la négociation du traité sur le mercure est une opportunité unique pour que les mineurs artisanaux s’en défassent, car elle leur permet, pour la première fois, d’exposer devant tout les gouvernements la réalité de leur condition, mais aussi de leur demander de rendre possible et de les accompagner dans leur engagement de réduire les rejets mercuriels.

Cette série de négociations — 5 entre 2010 et 2013 — est l’occasion pour ce secteur d’utiliser les mêmes armes que celles de la grande industrie minière, à savoir le lobbying, pour faire valoir l’importance économique de leur secteur qui, à la différence de la grande industrie, n’est pas prédatrice et bénéficie vraiment aux économies des pays d’où l’Or est extrait.

C’est pour exercer ce lobby que je me rends à la fin du mois au Japon où aura lieu la deuxième session de négociation du traité pour l’Alliance pour la Mine Responsable (ARM). Nous y défendrons l’utilisation responsable du mercure dans le secteur et demanderons l’accompagnement des gouvernements à travers des politiques publiques appropriées.

Meilleurs vœux pour l’année 2011 !

Patrick Schein

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